Angleterre ��� ��cosse

Brève synthèse                                                                                           

L’Empire romain, dans son extension territoriale, fut l’un des plus grands empires que l’histoire ait connu. Enserrant le monde méditerranéen et des zones environnantes, il était défendu par un réseau de frontières s’étendant de la côte Atlantique à l’ouest à la mer Noire à l’est, du centre de l’Écosse au nord aux limites septentrionales du désert du Sahara au sud. Il fut en grande partie construit au IIe siècle apr. J.‑C. lorsque l’Empire atteignit son apogée. Cette frontière pouvait être une barrière artificielle ou naturelle, protégeant des espaces ou l’ensemble d’une zone militaire. Ses vestiges sont parfois visibles, parfois enfouis dans des sites archéologiques, sur et derrière la frontière et au-delà de celle-ci.

Le bien consiste en trois tronçons de la frontière : le mur d’Hadrien, les limes de Germanie Supérieure et de Rhétie et le mur d’Antonin, situé dans la partie nord-ouest de l’Empire, constituant les frontières artificielles des anciennes provinces romaines de Bretagne (Britannia), de Germanie Supérieure et de Rhétie : s’étirant sur 130 km de l’embouchure de la Tyne à l’est jusqu’au Solway Firth, le mur d’Hadrien fut construit sur l’ordre de l’empereur Hadrien en 122 apr. J ;‑C. comme une barrière linéaire continue aux limites alors les plus septentrionales de la province romaine de Bretagne. La frontière s’étendait encore sur 36 km le long de la coté du Solway sous la forme d’une série d’installations militaires visibles entre elles. Elle constitua le principal élément d’une zone militaire contrôlée traversant la Bretagne septentrionale. Le mur fut complété par le fossé et les côtés du vallum, assurant le soutien de forts, de camps en marche et autres éléments dans une vaste zone au nord et au sud, reliés par un vaste réseau de routes. Il illustre un système ambitieux et cohérent de constructions défensives, perfectionné par des ingénieurs sur plusieurs générations, et exceptionnel par sa construction en pierre de taille et son excellente utilisation du terrain des hautes terres spectaculaires qu’il traverse.

Le limes de Germanie Supérieure-Rhétie s’étend sur une longueur de 550 km en passant entre Rheinbrohl sur le Rhin et Eining sur le Danube et fut construit par étapes au cours du IIe siècle. Avec ses forts, ses fortins, ses barrières physiques, son infrastructure reliée et son architecture civile, il témoigne d’un échange de valeurs humaines considérable grâce au développement de l’architecture militaire romaine dans des zones précédemment inexploitées, donnant ainsi un aperçu authentique du monde de l’antiquité, de la fin du Ier au milieu du IIIe siècle apr. J.‑C. Il n’était pas uniquement une fortification militaire, mais définissait également des limites économiques et culturelles. Bien que des influences culturelles aient traversé la frontière, le limes représentait effectivement une séparation culturelle entre le monde romanisé et les peuples germaniques non-romanisés. Il fut en grande partie tracé suivant une ligne droite arbitraire, ne prenant pas en compte les circonstances topographiques. Il constitue, par conséquent, une excellente démonstration de la précision romaine dans le domaine de la topographie.

Le mur d’Antonin, qui fut construit sous l’empereur Antonin le Pieux dans les années 140 apr.  J.‑C. pour tenter de conquérir des parties de la Bretagne septentrionale, s’étend sur quelque 60 km, traversant le centre de l’Écosse du fleuve Forth au fleuve Clyde. Par le biais de ses constructions militaires et civiles, il illustre des  échanges culturels grâce à l’application des compétences techniques, de l’organisation et des connaissances des Romains jusqu’aux confins de l’Empire. Il incarne un niveau d’expertise élevé dans la maîtrise technique de constructions défensives en pierre et en terre. Comme il ne fut utilisé que le temps d’une seule génération, il fournit une vue instantanée de la frontière à un moment donné et offre un aperçu spécifique de la manière dont la frontière fut conçue et construite. Les vestiges des frontières, constitués de vestiges de murs, fossés, ouvrages en terre, fortins, forts, forteresses, tours de guet, routes et établissements civils, forment ensemble une unité sociale et historique, qui illustre un système ambitieux et cohérent de constructions défensives, perfectionné par des ingénieurs sur plusieurs générations. Chaque tronçon du bien constitue un exemple exceptionnel de frontière linéaire, enserrant un vaste paysage relique qui reflète la manière dont des ressources furent employées dans la partie nord-ouest de l’Empire et qui montre le caractère unificateur de l’Empire romain, grâce à sa culture commune, et également à ses réponses distinctes apportées à la géographie et aux climats locaux, ainsi qu’aux conditions politiques, sociales et économiques.

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ritère (ii): Les vestiges existants des limes germaniques fortifiés, du mur d’Hadrien et du mur d’Antonin constituent des éléments significatifs des frontières romaines présentes en Europe. Avec leurs forts, fortins, murs et fossés, leur infrastructure reliée et leur architecture civile, ils illustrent un échange important de valeurs humaines et culturelles à l’apogée de l’Empire romain, grâce au développement de l’architecture militaire romaine, étendant les connaissances techniques en matière de construction et de gestion jusqu’aux bords mêmes de l’Empire. Ils reflètent l’application d’un système de frontières complexe, imposé aux sociétés existant dans la partie nord-ouest de l’Empire romain, avec l’introduction, pour la première fois, d’installations militaires et d’établissements civils associés, reliés par un  vaste réseau de soutien. Les frontières n’étaient pas une barrière imprenable, mais contrôlaient et permettaient le mouvement des peuples : non seulement celui des unités militaires, mais également des civils et des marchands. De ce fait, elles suscitèrent l’échange de valeurs culturelles grâce aux mouvements de soldats et de civils de différentes nations, ce qui entraîna de profonds changements et aménagements dans les régions respectives, en termes de schémas d’établissement, d’architecture et de conception du paysage, et d’organisation spatiale. Les frontières forment encore aujourd’hui une partie ostensible du paysage.

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ritère (iii): En tant que parties du système général de défense de l’Empire romain, les limes germaniques, le mur d’Hadrien et le mur d’Antonin ont une valeur culturelle extraordinairement élevée. Ils apportent un témoignage exceptionnel sur l’extension maximale de la puissance de l’Empire romain par la consolidation de ses frontières nord-ouest, et constituent ainsi une représentation physique de la politique impériale romaine. Ils illustrent l’ambition de l’empire romain de dominer le monde afin d’y établir sa loi et son mode de vie dans une perspective à long terme. Ils attestent la colonisation romaine dans les territoires respectifs, la diffusion de la culture romaine et de ses différentes traditions – art militaire, ingénierie, architecture, religion, gestion et politique – et le grand nombre d’établissements humains associés aux défenses, qui contribuent à une compréhension de la manière dont des soldats et leurs familles vécurent dans cette partie de l’Empire romain.  

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ritère (iv): Les limes germaniques fortifiés, le mur d’Hadrien et le mur d’Antonin sont des exemples exceptionnels de l’architecture militaire et des techniques de construction romaines avec leur évolution technologique, perfectionnées par des ingénieurs sur plusieurs générations. Ils montrent la diversité et la sophistication des réponses apportées par les Romains aux topographies et climats particuliers de même qu’aux circonstances politiques, militaires et sociales dans la partie nord-ouest de l’Empire, qui s’étendit tout autour de l’Europe et configura ainsi l’évolution ultérieure de cette partie du monde.

Intégrité

Les composants inscrits expriment la complexité et la cohérence extraordinaires des frontières de l’Empire romain dans le nord-ouest de l’Europe. Bien que certaines parties aient été affectées par des changements dans l’occupation des sols et par des processus naturels, l’intégrité du bien est attestée par ses vestiges visibles et ses traces archéologies enfouies. Leur état de survie a fait l’objet de recherches dans de nombreuses zones. En plusieurs endroits, la frontière a été recouverte par des constructions, mais lorsque l’existence de vestiges archéologiques importants a été prouvée dans certains emplacements, ceux-ci ont été intégrés dans le bien.

Environ quatre cinquièmes du mur d’Hadrien se trouvent en rase campagne. Sur une longueur de 45 km dans  sa partie centrale, les vestiges sont dans un état de conservation exceptionnellement bon, ayant survécu en tant que parties d’un paysage qui contient encore d’importantes traces visibles de la présence militaire romaine. Même en dehors de cette zone centrale, de nombreux sites individuels sont bien préservés.

Dans son ensemble, le limes de Germanie Supérieure-Rhétie est conservé dans sa forme historique. Sur un tiers de sa longueur environ, son tracé est encore visible ou identique à une frontière ou une voie actuelle. Comme pour la majorité des monuments archéologiques, sa valeur réside dans la combinaison d’ouvrages en terre visibles et de vestiges enfouis.

Environ un tiers du mur d’Antonin est visible aujourd’hui, sous la forme d’une série complexe d’ouvrages en terre et de structures associées. Grosso modo un autre tiers est situé en rase campagne, mais son tracé est invisible. Le dernier tiers se trouve sous des zones urbaines.

Authenticité

Les éléments constitutifs inscrits ont un niveau d’authenticité élevé, chacun d’entre eux ayant été vérifié par des recherches et études approfondies. Les matériaux et la substance des vestiges archéologiques souterrains sont bien préservés, de même que des vestiges debout et visibles. La forme et la conception de chaque partie représentative de la frontière et de ses structures associées sont claires et compréhensibles. Les parties de la frontière recouvrant des aménagements ultérieurs sont traitées comme des zones tampon verticales. Il existe un certain nombre de reconstructions d’éléments intégrés dans la frontière, comme des forts et des tours de guet. Les reconstructions effectuées depuis 1965 ne sont pas considérées comme faisant partie du bien en série, mais font également office de zones tampons verticales.

La forme et la conception du mur d’Hadrien, en particulier son caractère linéaire, et ses éléments architecturaux et militaires sont encore aisément compréhensibles tandis que son emplacement et son cadre dans le paysage peuvent être clairement appréciés.  Des parties debout du bien ont été conservées conformément aux standards les plus élevés et sont en bon état.

Une grande partie du limes de Germanie Supérieure-Rhétie est souterraine, n’a jamais été fouillée ni remblayée. Des parties fouillées ont ensuite été correctement conservées et représentées par un tracé symbolique au-dessus, du sol protégeant leur authenticité ainsi que le cadre et l’intégrité des environs. Dans certains cas, l’authenticité a été compromise par des reconstructions érigées avant l’inscription du site.

Les vestiges du mur d’Antonin sont généralement en bon état et des tronçons visibles atteignent parfois des hauteurs et des profondeurs importantes. Des mesures de conservation et de consolidation qui ont été prises dans l’intérêt d’une meilleure compréhension et de la protection sont en accord avec le cadre du bien et n’en diminuent pas l’authenticité.

Éléments requis en matière de protection et de gestion

Au niveau international, les États parties ont établi un système de gestion intégrée consistant en trois organes coopérant étroitement et interagissant entre eux : le Comité  intergouvernemental (CIG) pour surveiller et coordonner la gestion générale à un niveau international ; le groupe de gestion qui rassemble les personnes directement responsables de la gestion du site et fournit le mécanisme primaire pour le partage des meilleurs pratiques ; le groupe de Bratislava, un organe consultatif international avec des membres qui sont des experts provenant des États parties possédant des portions, inscrites ou potentielles, du bien du patrimoine mondial, Frontières de l’Empire romain.

Au niveau national, chaque État partie protège sa partie du bien par une législation et une réglementation nationales appropriées. Les systèmes de gestion nationaux traitent de l’identification et de la définition de l’importance du site, de sa conservation, de ses accès, des intérêts et de l’implication de toutes les parties prenantes et de son utilisation économique durable.

Dans les systèmes législatifs et de gestion existant dans chaque État partie, il a été élaboré un système de gestion approprié, énoncé par le biais d’un plan de gestion régulièrement actualisé concernant l’identification, la protection, la conservation et l’utilisation durable de l’élément constitutif respectif.

Toutes les parties du mur d’Hadrien à l’intérieur du bien du patrimoine mondial sont protégées par leur classement au titre de la loi sur les monuments anciens et les zones archéologiques de 1979 , de la loi d’aménagement urbain et rural de 1990 et de la loi sur la planification (bâtiments classés et zones de conservation) de 1990 qui contrôle la planification et l’aménagement territorial en Angleterre. Le mur d’Hadrien est également couvert par les orientations données dans le Cadre de la politique de planification nationale de 2012 et les orientations sur la pratique de la planification nationale de 2013. Des plans locaux produits par les autorités de planification locales, concernant le tracé du mur, contiennent des politiques appropriées à la protection du bien du patrimoine mondial. Le site bénéficie d’autres classements au titre de parcs nationaux, zones d’une beauté naturelle exceptionnelle et site d’intérêt scientifique particulier pour l’escarpement du mur romain. Des parties du bien sont gérées par huit entités différentes en ce qui concerne l’accès du public, mais leur plus grand nombre est détenu par des propriétaires privés. Le Conseil de partenariat du mur d’Hadrien, qui rassemble des parties prenantes principales, locales et nationales, fixe la stratégie pour la gestion efficace du bien et surveille un réseau de groupes thématiques de spécialistes.

Dans les systèmes juridiques fédéraux de l’Allemagne, le patrimoine culturel est protégé par les différentes lois des Länder (États fédéraux) sur la protection des monuments. Celles-ci assurent la protection, la promotion, la conservation et la valorisation du bien du patrimoine mondial. Tous les éléments inscrits et leurs zones tampons sont respectés au sein du système de planification spatiale. Sur la base d’un plan de gestion général, des plans détaillés d’aménagement des limes forment le cadre des actions à prévoir dans chaque Land. La Commission allemande des limes a été créée en 2003 aux fins de la coordination entre les Länder. La majorité des parties du mur relève du domaine privé, mais un nombre croissant de parties appartiennent au domaine public.

Le mur d’Antonin est protégé par son classement au titre de la loi sur les monuments anciens et les zones archéologiques de 1979 et par la législation qui oriente la planification et l’aménagement en Écosse – la loi de planification urbaine et rurale (Écosse) de 1997, la loi de planification etc. (Écosse) de 2006 et la loi sur la planification (bâtiments classés et zones de conservation) (Écosse) de 1997. Il est couvert par la politique nationale pour l’environnement historique fixée dans la politique écossaise concernant l’environnement historique et dans la politique écossaise de planification. Des politiques visant à protéger, promouvoir conserver et revaloriser le bien sont incluses dans les plans et stratégies de développement des autorités locales, soutenus par des orientations supplémentaires. La majeure partie du mur d’Antonin appartient à des propriétaires privés, mais certains tronçons sont à la charge d’autorités locales et de Historic Scotland.

Source : https://whc.unesco.org/fr/list/430

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